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Interview de Bachar al Assad (3ème partie).

Publié par Legrand

3ème partie « filmée » de l’entrevue accordée par le Président syrien Bachar al-Assad au Directeur général de l’agence russe Sputnik.

1446 vues04 avril 2016 27 commentaires Moyen-OrientMouna Alno-Nakhal

Question 3.1 : Monsieur le Président, la libération de Palmyre est sans aucun doute un événement mondial; lequel, à mon avis, n’a pas encore été digéré. Un événement d’autant plus important qu’il s’est produit après le retrait de la partie principale des forces militaires russes de votre pays. Comment est-ce arrivé et vers quelles autres villes avez-vous l’intention de vous diriger ?

Le Président Al-Assad : Il est vrai que cet événement n’a pas encore été digéré. Certains, en ce monde, l’ont assimilé mais ne veulent pas y croire. Et aujourd’hui, deux jours après la libération de Palmyre, nombre d’États supposés concernés par la lutte contre le terrorisme -ou une partie de la Coalition internationale étatsunienne pour la lutte contre le terrorisme- ne se sont toujours pas prononcés sur cette libération.

Comme je veux être extrêmement clair, je cite en premier lieu les deux régimes français et britannique. Nous n’avons entendu aucun commentaire de leur part. Il y a des raisons à cela. Premièrement, parce que l’occupation de Palmyre par les terroristes, il y a moins d’un an, a témoigné de l’échec de leur coalition et de son manque de sérieux dans la lutte contre le terrorisme, notamment de Daech ou EIIL. Ensuite, parce que cette libération, avec le soutien de la Russie, a prouvé ce manque de sérieux.

Comment avons-nous pu y arriver ? Premièrement et en toute simplicité, parce que nous avons la volonté de nettoyer complètement la Syrie des terroristes, ce qui ne tolère aucune discussion étant donné qu’il n’y pas d’autre choix pour la protéger; bien sûr avec le processus politique associé, mais le combat contre le terrorisme reste fondamental. Nous avons cette volonté. Le peuple syrien a cette volonté, et l’armée arabe syrienne est déterminée à libérer toutes les régions du pays. Ensuite, par le soutien simultané de nos amis. Le soutien de la Russie a été essentiel et efficace pour y arriver, tout autant que le soutien de nos amis en Iran, plus le soutien du Hezbollah libanais et d’autres groupes syriens combattant aux côtés de l’armée arabe syrienne.

Il est évident qu’après la libération de Palmyre nous devons nous diriger vers des régions voisines menant vers l’Est, comme la ville de Deir al-Zor, et commencer, en même temps, à travailler en direction de la ville de Raqqa, actuellement le principal bastion des terroristes de Daech.

Question 3.2 : Monsieur le Président, l’Histoire de la Syrie est d’une grande richesse. Comment imaginez-vous votre rôle dans l’Histoire de votre pays et comment croyez-vous que les historiens pourront l’évaluer à l’avenir ?

Le Président Al-Assad : Cela dépendra de l’historien et de son objectivité. Nous savons que l’Histoire est souvent écrite de manière inexacte et qu’actuellement elle est falsifiée. Mais en supposant que son évaluation devienne objective et que son récit soit sincère, je peux dire que les historiens et le peuple syrien sont les plus aptes à l’apprécier.

Je ne peux juger de moi-même, mais je peux espérer: premièrement, être situé parmi ceux qui ont sauvegardé leur pays face à une attaque terroriste inouïe ces dernières décennies, voire depuis des siècles quant à son déroulement et à sa brutalité; deuxièmement, être considéré comme une personne qui a œuvré pour la sauvegarde de la région, car la Syrie en est un pays essentiel et si jamais l’État syrien s’était effondré et que le chaos s’y était totalement installé, c’est assurément toute notre région qui aurait eu à en souffrir. C’est ce que j’espère que l’Histoire retiendra de moi.

Question 3.3 : Une grande partie de ce qui se passe actuellement en Syrie a une dimension internationale. Quel conseil pourriez-vous donner à un chef d’֤État qui serait confronté à cette même situation ?

Le Président Al-Assad : Pour commencer, nous ne souhaitons à aucun pays de passer par ce que nous avons traversé en Syrie. Nous avons vécu quelque chose d’inhumain. Mais aujourd’hui, vous vivez dans un monde sans droit international, sans morale en matière de travail politique. Tout peut arriver n’importe où dans ce monde. Ce que je veux dire de notre expérience syrienne est que toute forme de fanatisme, religieux, politique, social ou idéologique, est destructeur pour la société. Il est donc impératif d’écarter tous ces fanatismes du processus d’édification des sociétés. C’est le devoir de l’État et de toutes les autres composantes d’une société donnée. Et c’est aussi le devoir de tout citoyen.

D’un autre côté et au cas où une crise semblable surgissait dans n’importe quel pays, la première chose à savoir est que c’est le peuple qui protège le pays. Par conséquent, n’importe quelle décision qu’un chef d’État soit tenté de prendre pour résoudre la crise doit être en accord avec les us et coutumes du peuple, avec son Histoire et avec ses aspirations du moment. La solution ne peut venir de l’étranger. Certes, des amis de l’extérieur peuvent aider, comme c’est le cas de la Russie et de l’Iran en Syrie. Mais, aucune solution n’est possible sans une volonté intrinsèque et une bonne relation entre l’État et le peuple.

La leçon la plus importante que nous ayons retenue, quoique je pense que nous la connaissions depuis longtemps, est que l’Occident n’est pas honnête. Les États occidentaux ne sont pas honnêtes et pratiquent des politiques éloignées de tous les principes, du droit international comme de la Charte des Nations Unies. Il est impossible de compter sur l’Occident pour résoudre n’importe quel problème. Plus vous aurez de meilleurs amis, moins la solution prendra du temps et moins vous subirez de pertes. C’est pourquoi, tout responsable devrait bien choisir les États amis qui se tiendront à ses côtés en temps de crise.

Question 3.4 : À un moment donné, la crise syrienne finira bien par se terminer, mais le pays en sortira différent de ce qu’il était auparavant. Comment sera la Syrie d’après guerre ? Comment la voyez-vous ?

Le Président Al-Assad : Je pense que le changement dont vous parlez a déjà commencé ces quelques dernières années. Au début, la guerre fut un grand choc pour beaucoup de Syriens et les emmena dans de mauvaises directions sans qu’ils s’en rendent compte, du fait des romans inventés par les médias et de leur incapacité à lire une réalité brumeuse.

Aujourd’hui, l’image est claire et je pense que ce changement est parti de l’idée que je viens de mentionner, l’idée que le fanatisme n’est absolument pas acceptable dans un pays aussi diversifié que la Syrie ; notre diversité ethnique et religieuse étant considérable. Par conséquent, si nous voulons une Syrie unie, si nous voulons que la Syrie existe, nous devons accepter de bonne grâce de vivre ensemble dans une réelle affection et non seulement en apparence. C’est cette idée que nous commençons à constater de plus en plus dans la société syrienne.

Ce qui me porte à croire que notre société ira vers le mieux si nous réussissons à surmonter cette crise. Dès lors, la Syrie pourra reprendre son rôle historique de société ouverte sur l’extérieur et influer sur les sociétés du voisinage mieux que par le passé, car cette région est une, avec partout les mêmes familles et des traditions similaires, d’autant plus qu’en tant qu’États arabes, ou États musulmans, nous nous influençons les uns les autres. Le rôle de la Syrie sera donc obligatoirement important.

Et naturellement que ce changement se reflètera sur la situation politique intérieure. Nombre de partis politiques y participeront et le sentiment national l’emportera sur la fascination devant l’Occident.

Tels sont les principaux titres à travers lesquels je vois la Syrie d’après la crise.

Question 3.5 : En tant qu’homme politique et être humain, vous assistez tous les jours à la mort de vos compatriotes, tandis qu’un grand nombre d’entre eux sont obligés de fuir le pays, laissant leurs maisons derrière eux. Il est donc impossible de gérer cette situation, abstraction faite de ses répercussions psychologiques sur vous-même. Comment réagissez-vous humainement parlant ? Comment pouvez-vous assumer une responsabilité aussi importante et difficile ? Et qu’est-ce qui vous aide ?

Le Président Al-Assad : C’est absolument vrai. C’est la situation que nous vivons quotidiennement et à chaque heure où l’on vous informe de la mort ou des blessures, que ce soit d’un civil innocent ou d’un soldat tombé au combat. Mis à part la personne en question, vous devez penser aux conséquences affectives, matérielles et autres sur sa famille, à la tristesse qui l’habitera de longues années de sa propre vie. C’est certainement le sentiment le plus douloureux qui affecte le plus tous les Syriens, une vraie douleur pour nous tous.

Il n’empêche qu’en tant que responsable vous devez transformer ce sentiment et cette douleur en action. Dans ce cas, la question la plus importante pour un responsable est: que compte-t-il faire pour écarter le danger là où il n’a pas frappé ? Que compte-t-il faire pour protéger les vivants qui pourraient être les victimes du lendemain ?

C’est pourquoi nous pensons que les deux axes principaux susceptibles d’aboutir à des résultats efficaces pour la protection du pays, c’est d’abord et évidemment la lutte contre le terrorisme, puis l’action politique pour arrêter ce qui frappe la Syrie. Une action qui passe par des négociations politiques mais aussi par des négociations avec les milices armées souhaitant revenir dans le giron de l’État et vers la normalité, comme l’attestent les réels succès obtenus ces deux dernières années.

Reste la question de savoir comment, dans des circonstances aussi difficiles, une personne peut effectivement résister aux pressions. Je réponds que si vous êtes responsable, votre vraie force, et notamment votre réelle force morale, vient en premier lieu du peuple. Et nous Syriens, responsables et citoyens, puisons notre vraie force dans les familles des martyrs et des blessés. Ce sont elles qui payent le prix fort et ce sont elles qui nous répètent constamment que c’est leur contribution à la patrie. C’est donc indubitablement la qualité morale de ces familles qui vous permet de continuer à donner de vous-même pour résoudre la situation.

Docteur Bachar al-Assad

Président de la République arabe syrienne

Source : Vidéo publiée sur le site de la Présidence le 03/04/2016

https://www.youtube.com/watch?v=wF69duF9gKs

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

La future Constitution est affaire du peuple syrien [1ère partie]

http://reseauinternational.net/la-future-constitution-est-affaire-du-peuple-syrien/#comments

– « Merci » de chaque citoyen syrien à chaque citoyen russe [2ème partie]

http://reseauinternational.net/merci-de-chaque-citoyen-syrien-a-chaque-citoyen-russe/#comments

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