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Interview par l'Express d'André Comte-Sponvile suivi de mon commentaire personnel

Publié par Legrand

Rose Isabelle Autissier.

Rose Isabelle Autissier.

Je donne ici le texte d'un interview d'André Comte-Sponville par l'Express.

Ce texte est suivi de mon commentaire personnel. Over-blog ne me permet pas d'appliquer la typographie souhaitable.

Actualités

source : http://news.lexpress.fr/andre-comte-sponville-pourquoi-n-aurait-on-pas-le-droit-d-etre...

André Comte-Sponville : "Pourquoi n'aurait-on pas le droit d'être antichristianisme ou anti-islam?

Propos recueillis par Claire Chartier

André Comte-Sponville : A quoi bon philosopher alors que le monde suffoque et que la barbarie nous encercle? Pour exister, répond André Comte-Sponville dans son dernier livre, un ample tour d'horizon biographique et intellectuel. Rencontre avec un inconditionnel de Montaigne.

Vêtu d'un costume beige à la coupe aussi soignée que son écriture, André Comte-Sponville se prête d'excellente grâce à l'échange qu'on lui propose. Avec "bonheur", aurait-on pu écrire, n'était le jeu de mot facile qui en aurait découlé, tant cet inconditionnel de Montaigne doit son succès à ses écrits sur la sagesse. C'est chose tendre que la vie (Albin Michel), le titre de son dernier livre est une référence à l'auteur des Essais. Il s'y entretient avec l'éditeur François L'Yvonnet, lui-même professeur de philosophie. Où l'on saisit toute la complexité d'un penseur médiatique pour qui la lucidité est la première des vertus.

Certains se remettent d'une enfance douloureuse en s'allongeant sur le divan; vous, vous avez opté pour la philosophie...

L'un n'est pas exclusif de l'autre! J'ai moi-même suivi une courte psychanalyse aux abords de la quarantaine. Mais la psychanalyse et la philosophie ont deux approches différentes. La première tend à faire disparaître des blocages, des traumatismes : son but est la santé. La seconde cherche la vérité : son but est la sagesse, pour autant que nous en soyons capables. La philosophie travaille non pas sur l'inconscient, mais sur la conscience. Elle ne cherche pas à guérir, mais à rendre un peu plus lucide.

Comment êtes-vous devenu "matérialiste", au sens philosophique du terme?

1968 m'a cueilli alors que j'avais 16 ans. Comme des centaines de milliers de jeunes de ma génération, je me suis réveillé d'extrême gauche le 13 mai au matin, moi, catholique pratiquant. C'est le marxisme qui m'a d'abord éloigné de la religion. Après avoir rendu ma carte du Parti communiste, dix ans plus tard, je suis resté fidèle au matérialisme, pour des raisons philosophiques cette fois.

Et à quoi reconnaît-on un philosophe matérialiste?

Il considère que tout ce qui existe est matière ou produit de la matière, donc qu'il n'existe rien d'immatériel - ni Dieu ni âme. Ce qui pense en nous est simplement un organe, le cerveau. Bref, nous sommes des animaux, mais exceptionnels parce que dotés de la raison et du langage, qui nous ouvrent à l'universel. C'est pourquoi nous nous inquiétons du sort des autres animaux, qui ne se soucient pas du nôtre !

Vous, l'ancien marxiste, gardez une grande curiosité pour l'économie. Au point de vous poser cette question, titre de l'un de vos ouvrages: Le capitalisme est-il moral? (Albin Michel) Votre réponse est non. Faut-il en conclure que l'entreprise échappe au domaine de l'éthique?

Le capitalisme est amoral parce qu'il n'est pas une personne, et qu'il ne fonctionne ni à la vertu ni à la générosité, mais à l'intérêt personnel et familial - en un mot, à l'égoïsme. Cela ne le condamne pas : l'égoïsme fait partie des droits de l'homme et constitue la grande force motrice de l'humanité. Mais il n'a jamais suffi à créer une civilisation, ni même une société humainement acceptable. Nous avons besoin d'autre chose: de la politique, du droit, de la morale.

Et en ce qui concerne l'entreprise?

Je n'ai jamais dit que l'éthique n'y avait pas sa place! Cette place est celle des individus qui y travaillent, et spécialement de ceux qui la dirigent. Lesquels ne doivent pas compter sur le marché pour tenir lieu de morale. Pas plus qu'à l'échelle de la collectivité nous ne devons compter sur la morale pour tenir lieu de politique. Il nous faut un pouvoir commun - la démocratie - afin d'essayer de trouver la meilleure façon de vivre ensemble.

En politique, justement, invoque-t-on trop souvent la morale, et pas assez les intérêts des individus?

Sur ce point, je suis resté d'accord avec Marx. La politique n'est pas là en premier lieu pour défendre des valeurs morales, mais un certain nombre d'intérêts, le plus souvent opposés. Elle est donc, par nature, conflictuelle: elle consiste en la gestion pacifique des rapports de force. Sa mission est de créer une convergence objective d'intérêts, autrement dit une solidarité. S'agissant du Front national, par exemple, à quoi bon répéter aux gens qui voient dans ce parti une solution à leur quotidien difficile que voter FN est moralement mauvais?

A l'échelle des grands nombres, lorsqu'il y a conflit entre la morale et l'intérêt présumé, c'est toujours l'intérêt qui l'emporte. Le vrai combat consiste à montrer que l'arrivée de ce parti au pouvoir serait contraire à l'intérêt de la France et des Français.

Pour lutter contre le populisme, il faut réhabiliter la politique, écrivez-vous. Mais comment faire lorsque ceux qui la pratiquent ne sont pas à la hauteur?

En démocratie, on a les dirigeants que l'on mérite. Je ne suis pas convaincu que la faiblesse de la France tienne aux carences de nos responsables politiques, qui valent bien leurs homologues étrangers. En revanche, je pense que les Français manquent de lucidité. Face à la globalisation, ils ont le sentiment que le monde a tort. J'étais un jour en randonnée avec un ami. Nous nous étions perdus. Assis devant un sublime paysage, mon compagnon sort sa carte, regarde le paysage, regarde la carte, regarde à nouveau le paysage, et me déclare, superbe: "Ce paysage est faux!" Eh bien, les Français font la même chose: ils jugent que ce monde est faux! Mais ce n'est pas le monde qui va s'adapter à la France; c'est elle qui doit s'adapter au monde! Reconnaissons qu'il est difficile pour nos hommes politiques, de mener des réformes dont les électeurs ne veulent pas.

Comment expliquez-vous que, depuis la manifestation du 11 janvier dernier, qualifiée d'"historique", si peu de choses aient changé?

D'abord, toute la France, c'est vrai, n'était pas dans la rue. Ensuite, se pose la question de l'islam et de l'islamophobie. Cette dernière notion est piégée à force d'être équivoque. Si l'on entend par "islamophobie" la haine des musulmans, c'est une forme de racisme comme une autre. Mais si le mot désigne la peur de l'islam - ce qui est le sens propre du terme islamophobie -, c'est une position idéologique légitime. On a le droit d'être anticommuniste, antifasciste, antilibéral. Pourquoi n'aurait-on pas le droit d'être antichristianisme ou anti-islam?

Dire, comme certains, que toutes les civilisations se valent, est pour vous non seulement faux, mais profondément nihiliste. Pourquoi?

Du point de vue des sciences humaines, on peut dire que toutes les civilisations se valent. Pour une raison simple : c'est qu'elles ne valent rien - nihil, en latin. Les sciences n'énoncent jamais de jugement de valeur. Si l'on en reste à ce seul point de vue, on n'a aucun moyen d'échapper au nihilisme. Il faut donc un deuxième point de vue, non plus théorique et objectif, mais subjectif et pratique. Et, là, l'individu que je suis répond: "Non, toutes les civilisations ne se valent pas."

Car, si tel était le cas, cela signifierait qu'aucun progrès civilisationnel - qui suppose que quelque chose vaille mieux que ce qui existait auparavant - n'a jamais eu lieu. Entre une culture fanatique, machiste et tyrannique, qui prétend imposer à tous une loi indiscutable parce que transcendante, et une culture laïque, démocratique et féministe, je n'ai aucune difficulté à dire que celle-ci vaut mieux que celle-là. Mais cela ne m'autorise pas à ériger ma culture en absolu.

Ce qui est généralement reproché à ceux qui établissent ce type de hiérarchies...

Souvent à juste titre! Je ne suis ni un traité d'anthropologie comparée ni le bon Dieu. Le point de vue que j'énonce est bien évidemment celui d'un individu appartenant à la culture occidentale. Tout jugement de valeur s'énonce au sein d'une certaine civilisation ; aucune valeur n'est absolue, éternelle, anhistorique. Mais affirmer cela est faire preuve de relativisme, pas de nihilisme. Que toute valeur soit relative, cela ne signifie pas que rien ne vaille !

Vous êtes membre du Comité consultatif national d'éthique. Que pensez-vous du mouvement transhumaniste, porté par les formidables avancées de l'intelligence artificielle? Quels garde-fous ériger pour préserver l'humain sans entraver le progrès?

Le transhumanisme me paraît encore un peu de la science-fiction. L'intelligence artificielle se développe, mais le niveau de conscience de mon ordinateur, certes plus performant que ma première machine à écrire, est toujours égal à zéro. Une intelligence artificielle sans conscience n'est qu'une puissance de calcul. Il me paraît beaucoup plus urgent de savoir comment résister à la pollution, à l'accumulation des déchets, à l'épuisement des ressources naturelles. De même, il me paraît crucial de réfléchir à la frontière de plus en plus ténue entre médecine et dopage.

Vieille question...

Certes, mais nous disposons désormais de médicaments qui, en sus de soigner une pathologie, sont presque toujours capables d'améliorer l'état normal. Prenez le Viagra, qui améliore les érections dites "normales", ou le Prozac, qui embellit l'humeur des non-dépressifs. Lorsque l'on ne soigne plus des pathologies, mais que l'on améliore la normalité, on sort de la médecine, pour entrer dans le dopage. La médecine et les sciences en général sont là pour donner à chaque individu la jouissance de son humanité entière, pas pour en inventer une autre! L'humanité n'est pas une maladie. Comment la médecine pourrait-elle nous en guérir?

REUTERS/John Kolesidis

André Comte-Sponville apprécie la philosophie grecque, mais préfère "l'humanité" de Montaigne.

J'ai noté que vous parliez beaucoup de "lucidité". En quoi est-elle si cruciale?

Intellectuellement, je mets la lucidité plus haut que tout. Mieux vaut un malheur lucide qu'un bonheur illusoire ! S'il doit choisir entre une vérité et une joie, le philosophe choisit la vérité. Il ne s'agit pas de penser ce qui me fait du bien, me rassure ou me console, mais ce qui me paraît possiblement vrai.J'ai vécu dans une famille déchirée, avec un père très méprisant, une mère aimante mais dépressive. Tout était faux en elle, sauf le malheur. Au point que, lorsque j'étais enfant, j'avais le sentiment que la tristesse et la vérité allaient ensemble et qu'il en était de même du bonheur et de l'illusion.

La philosophie, spécialement grecque, m'a permis de découvrir que la vérité et le bonheur peuvent aller ensemble et qu'inversement l'illusion rend malheureux. Mon tempérament reste ce qu'il est, mais la philosophie m'aide à n'en être pas prisonnier.

Votre définition du bonheur?

C'est le contraire du malheur. Cette affirmation, en apparence triviale, est en réalité décisive. Parce que du bonheur nous n'avons pas d'expérience claire. Du malheur, si! Qu'est-ce que le malheur? Un laps de temps où la joie paraît immédiatement impossible. Vous vous réveillez le matin : vous savez de source sûre que toute joie vous est impossible, parce que vous êtes en deuil, malade... Le bonheur, c'est l'inverse : non pas une joie constante, qui est hors de portée, mais la possibilité continue de la joie. Ce n'est pas un absolu (on est plus ou moins heureux, la joie est plus ou moins fréquente ou probable), mais qu'est-ce que c'est bon!

La sérénité est-elle l'horizon de la sagesse?

Selon la tradition philosophique, oui. Mais la vraie sagesse, selon moi, ne consiste pas à aimer le bonheur - n'importe qui y est attaché. Ce n'est pas non plus aimer la sagesse ; il suffit d'être philosophe pour cela. La vraie sagesse, c'est l'amour de la vie. Heureuse ou malheureuse, sage ou pas. A l'extrême fin des Essais, Montaigne conclut : "Pour moi, donc, j'aime la vie [...]" C'est cette sagesse-là qui me touche, bien davantage que la sagesse absolue d'un Epicure ou d'un stoïcien : une sagesse de second rang, pour nous, humains, qui ne sommes pas des sages, qui savons que nous ne le serons jamais et qui avons la sagesse de l'accepter.

André Comte-Sponville en 6 dates

1952: Naissance à Paris. 1975: Agrégation de philosophie.

1995: Petit Traité des grandes vertus (PUF).

2006: L'Esprit de l'athéisme (Albin Michel).

2008: Membre du Comité consultatif national d'éthique.

2015: C'est chose tendre que la vie (Albin Michel).

Commentaire relatif à l'interview d'André Comte-Sponville par l'Express

 

"Un penseur médiatique pour qui la lucidité est la première des vertus". Je prends le mot lucidité, ici, dans le sens commun qui veut dire qu'il ne faut pas se faire d'illusion par rapport à la réalité. La réalité chez Comte-Sponville étant toute matérielle et rien d'autre.

 

Dans une page précédente titrée : A propos d'une spiritualité sans dieu, dans la rubrique : philosophie et spiritualités de mon blog, je relatais ma rencontre avec A. C-S, lors d'une réunion franc-maçonnique ouverte au public, j'y allais en curieux. J'avais lu son livre : De l'autre côté du désespoir (Editions ACARIAS, L'ORIGINEL, 1997) sous-titré : Introduction à la pensée de Swâmi Prajnânpad, dont j'avais lu le livre : L'Art de VOIR, chez le même éditeur. Je n'ai pas retrouvé chez A. C-S la profondeur de pensée du Swâmi et pour cause, je note plusieurs points essentiels :

 

1) Le Swâmi décrit l'attitude à tenir pour parvenir à "l'état où il n'y a plus de pensées". Ici, la philosophie n'existe plus, nous atteignons la Conscience Pure. Car le Swâmi distingue la conscience et La Conscience Pure.

 

2) Il dit : "En tant qu'être humain, l'immortalité est votre privilège de naissance". Ce qui signifie que la mort n'est pas la fin de tout, mais un passage.

 

3) "On atteint son propre soi pendant le sommeil", ce qui signifie que l'on touche le fond de son propre être en dehors de la spéculation philosophique (être et connaître ne font qu'un). Le sommeil profond permet de se ressourcer en énergie : "Je suis cette énergie infinie même..."

 

Enfin, tout ceci se résume en une phrase du Swâmi : "La spiritualité? C'est seulement un autre nom pour désigner l'indépendance et la liberté sous tous ses aspects. Ce n'est rien d'autre qu'une attitude mentale..."

 

J'ajouterai que la liberté sous tous ses aspects implique également la non appartenance à toute obédience idéologique ou politique. En ce sens, je suis moi-même un homme libre, à l'exception peut-être de mes désirs et de mes émotions, ces obstacles à la libération intérieure...

 

Pour A. C-S, le marxisme lui est tombé dessus alors qu'il était catholique pratiquant. En ce qui me concerne, c'est l'inverse : le christianisme m'est tombé dessus alors que j'étais tout simplement athée, dans une famille d'athées, mais j'ai suivi le catéchisme, je n'ai pas eu droit à la communion solennelle (famille nombreuse, pas d'argent pour tout le tralala...) mais j'ai été confirmé par l'évêque, l'année suivante... Ma mère, élevée dans le catholicisme, ne pouvait plus croire au "bon dieu", en raison des malheurs qu'elle avait connus.

 

J'ai bien dit christianisme et non pas catholicisme. Dans les premiers temps, je traduisais mon expérience mystique d'adolescent en termes de catholicisme, puis plus tardivement, j'ai réalisé que j'étais simplement chrétien et que je refusais le catholicisme. Pourquoi? La foi catholique suppose l'adhésion au dogme : Immaculée Conception, divinité du Christ, Dieu fait homme, Christ Fils de Dieu, Résurrection, etc., bref, la série d'événements avec leurs interprétations qui sont commémorés lors des fêtes rituelles tout au long de l'année suivant un mode initiatique. Pour ceux qui croient, ce rituel présente un aspect grandiose et émotionnel, mais le christianisme tel qu'il m'apparaît est beaucoup plus simple et plus clair : le Nouveau Testament ne retient de l'Ancien que les dix commandements reçus par Moïse auxquels Jésus rajoute la loi d'amour et de miséricorde divine qui met fin à la loi du talion et à la multitude de règles sociales de la religion juive. Le dieu guerrier et vengeur de l'Ancien Testament devient un dieu d'amour et de miséricorde. Ce n'est pas Dieu qui a changé, c'est la représentation que l'homme s'en fait. C'est à la fois une rupture et un ressourcement expurgé des excès et du superflu. C'est ainsi que je définis la différence qui sépare le christianisme du catholicisme, constitué en dogme plusieurs siècles après la mort de Jésus, c'est pourquoi je considère que les valeurs chrétiennes ainsi précisées ne sont pas relatives, mais primordiales et présentent un caractère d'universalité.

 

On peut enfreindre les commandements, mais on risque de se heurter à cette loi de nature fondamentale, quasiment de même nature qu'un logiciel informatique : "If, then; si ceci, alors cela". (Si tu voles, tu iras en prison, etc.). En ce sens, je prends les dix commandements comme des recommandations plus que pour des commandements puisque la rétorsion est inhérente au logiciel, ce qu'il convient de comprendre pour adhérer et ... vous transformer. Dans les faits, ce n'est pas la religion, ou le dieu qu'elle vénère, qui punit et qui récompense, c'est la loi des hommes, l'application de la loi des hommes par les autorités judiciaires. Le seul problème est que la justice des hommes n'est ni chrétienne ni charitable, alors que les lois de notre république sont tout de même inspirées des valeurs chrétiennes précitées. Il n'est donc pas recommandé de tomber entre les mains de la justice... dissuasion supplémentaire.

 

Une fois que l'on a incorporé dans son être ces valeurs fondamentales, nous n'avons plus besoin de morale (au sens de leçons de morale), notre liberté est augmentée puisque nous agissons par delà les notions de bien et de mal, nous sommes plongés dans l'éthique personnelle, la loi morale inhérente à notre propre être sans besoin de loi extérieure. Il importe bien sûr, de ne plus déroger car la responsabilité se trouve accrue d'autant, vu la connaissance acquise, qui est supérieure à la crainte de la loi. La dérogation s'assimile alors à une chute, ce qui est bien plus grave qu'une simple faute.

 

En raison de tout ceci, je relève qu'il dit : "on a le droit d'être anticommuniste, antifasciste, antilibéral, pourquoi n'aurait-on pas le droit d'être antichristianisme ou anti-islam?"

 

Je relève cette phrase parce qu'elle est triplement pernicieuse.

 

D'abord, l'antichristianisme se traduit par l'annihilation des dix commandements et de la loi d'amour posée par Jésus. La devise républicaine, inspirée par la franc-maçonnerie : "liberté, égalité, fraternité" est un substitut aux valeurs chrétiennes telles que je les résume et on voit bien que cette devise est complètement inefficace car les 3 mots sont bafoués par la république elle-même, notamment la liberté qui est de plus en plus restreinte par des lois s'inspirant de l'union soviétique (modernisées et donc renforcées par l'outil informatique).

Ceci est le revers de la démocratie parlementaire : elle n'est plus démocratique, mais oligarchique, voire ploutocratique.

 

Ensuite, apposer l'anti-islam alors qu'il faudrait parler non pas de l'islam, mais du mouvement islamiste, qui est totalement étranger au véritable islam, relève d'un amalgame également doublement pernicieux : il place ce mouvement sur le même plan que le christianisme et il se trompe d'adversaire en visant l'islam et non pas l'islamisme qui recrute non pas des croyants, mais des mercenaires qui prêtent allégeance. Mais il est vrai que pour A. C-S, toutes les religions, ou tout ce qui s'en réclame, sont sur le même plan puisqu'"il n'y a ni Dieu ni âme" :

 

"Il (le philosophe matérialiste) considère que tout ce qui existe est matière ou produit de la matière, donc qu'il n'existe rien d'immatériel - ni Dieu ni âme. Ce qui pense en nous est simplement un organe, le cerveau. Bref, nous sommes des animaux, mais exceptionnels parce que dotés de la raison et du langage, qui nous ouvrent à l'universel. C'est pourquoi nous nous inquiétons du sort des animaux, qui ne se soucient pas du nôtre".

 

J'évacue tout de suite la question des animaux. Aujourd'hui, les animaux sont reconnus comme des êtres dotés de sensibilité. Ils ont un langage qui leur est propre, ils savent se faire comprendre des humains qui leur prêtent attention et ils sont capables d'une affection indéfectible. Il est arrivé que des animaux viennent en aide aux humains (un chien qui sauve un bébé de la noyade, par exemple). Bref, les animaux ne sont pas uniquement des mécaniques (comme le prétendait Descartes) mais des êtres sociables qui ne feraient pas à leurs congénères ce que certains "humains" font aux leurs. Ils se respectent au bord de la mare et attendent leur tour pour se désaltérer. Ils ne tuent que pour se nourrir et doivent vraiment aimer leurs proies et non les haïr, puisqu'elles leur assurent leur survie. Ils ont le droit de vivre tout autant que les humains et ils représentent une complémentarité pour l'homme, laquelle mérite un immense respect. Il est parfois primordial de prêter attention à leurs instincts, notamment dans les cas de catastrophes comme le récent tsunami en Thaïlande : les animaux ont réagi avant que les hommes se rendent compte du phénomène.

J'affirme que le traitement infligé ou accordé aux animaux témoigne du niveau de spiritualisation de l'être humain.

 

Enfin, dernier volet du triptyque : il n'évoque pas l'antisionisme. En effet, a-t-on le droit aujourd'hui d'être antisioniste? Il semble bien que non puisque Manuel Valls, au lendemain des attentats, a prétendu devant le CRIF que l'antisionisme et l'antisémitisme, c'est pareil (et donc, condamnable en vertu de lois créées spécialement à cet effet). Voilà bien une question qui mériterait un débat vraiment philosophique, c'est à dire libre de toute contrainte et obédience idéologique ou politique. Qu'est-ce que le sionisme? Qu'est-ce que l'antisionisme? Qu'est-ce que l'antisémitisme? A-t-il à voir avec l'antisionisme ou ne serait-ce pas l'inverse : le sionisme serait-il lui-même antisémite, laissant croire que ses opposants le sont?

 

Pour ce qui est du matérialisme, il n'existerait rien d'immatériel. Donc, le courant électrique n'existe pas, les ondes n'existent pas, bref, tout ce qui ne se voit pas n'existe pas? Réduire l'univers à de la matière et rien d'autre est déjà abusif, puisqu'il y a des quantités d'énergies et de forces qui ne se voient pas mais qui existent cependant et que les astrophysiciens mesurent, mais réduire la pensée à une production du cerveau est autrement plus abusif encore. On me dira que le courant électrique, les ondes, les forces, etc., sont mis en évidence scientifiquement et qu'ils sont exclus du domaine du doute, alors que ni Dieu ni l'âme n'ont encore pu être mis en évidence à l'occasion d'expériences ou de faits observables et mesurables.

 

J'élimine la question de Dieu : la question de son existence ou de sa non-existence ne fait plus sujet; la figure du vieillard barbu régnant dans les cieux n'est plus un sujet, nous laissons ce débat aux tenants de l'anticléricalisme qui est au coeur du matérialisme et d'une certaine idée de la laïcité. Qu'on soit croyant ou athée, chacun a sa propre représentation du dieu qu'il adore ou qu'il abhorre. En ce qui me concerne, il me semble distinguer un caractère divin à l'aune de la beauté et je m'en tiens-là : la beauté naturelle d'une forêt m'importe plus qu'une oeuvre d'art, surtout si elle est contemporaine et je trouve abominable et déplacé d'installer des soi-disant oeuvres d'art à côté d'arbres majestueux : elles polluent le site et je ne peux que m'en éloigner afin de rester connecté à ce qui en fait la beauté (du site).

 

Reste la question de l'âme : j'ai posé la question à A. C-S de sa position quant aux NDE (ou EMI : expériences de la mort imminente, en français). Une NDE caractérise le fait qu'une personne déclarée morte cliniquement sur une table d'opération peut revenir à la vie et raconter son bref passage dans l'au-delà et ce qu'il s'est passé dans la salle d'opération pendant l'état déclaré de mort clinique. Les cas ne sont pas rares et il existe plusieurs organismes qui les étudient, notamment le IANDS et l'INREES. Ce ne sont pas des farfelus, on y rencontre des médecins, des chirurgiens, des anesthésistes, etc. Le monde médical commence à y prêter la plus grande attention.

 

André Comte-Sponville m'a répondu que s'ils sont revenus, c'est qu'ils n'étaient pas morts et que cette expérience était provoquée par un manque d'oxygène : des expériences le prouvent! J'imagine ces chercheurs dignes de Frankenstein, menant l'expérience jusqu'au risque de la mort du patient... Inconcevable. Il y a une vingtaine d'années, un journaliste dans Science et Vie invoquait l'action du glutamate. Qu'invoquera-t-on demain?

 

La vérité, c'est que ces personnes qui traversent le tunnel parviennent à une lumière extraordinaire de laquelle émergent des personnages (des familiers décédés) qui leur disent : "Ton heure n'est pas encore venue, tu dois retourner". Ils en reviennent transformés et relatent la puissance d'amour qui leur est parvenue et qu'ils continuent de percevoir et de dispenser eux-mêmes. Aucun ne parle de religion, mais simplement d'un contexte paradisiaque où règne un amour énorme et ineffable.

 

C'est à regret qu'ils font demi-tour, car ils se sentent parfaitement bien et avaient tant à découvrir...

 

André Comte-Sponville évoque son ami qui déclare : "ce paysage est faux".

 

Que fait-il en niant les NDE sinon déclarer lui-même : "ce paysage est faux"? De quel droit?

 

Chacun comprendra que je n'ai pas l'intention de lire son livre.

 

Rapidement pour clore ce commentaire : le capitalisme est un système économique qui fonctionne suivant des mécanismes qui lui sont propres, il est entre les mains d'êtres humains soumis à des lois : ce sont les hommes politiques qui font les lois. Quand les hommes politiques sont corrompus, les lois deviennent permissives et le système se pervertit. Ce ne sont plus les hommes politiques qui font les lois mais les financiers qui les dictent aux hommes politiques. Ce peut-être par copinage, par lobbying, ou par la contrainte de toutes natures, jusqu'au crime (notamment de la part des USA).

 

Quel est le recours? L'information et la réinformation, pour vaincre la désinformation. Un peuple désinformé n'a pas le ressort qui lui manque pour se rebeller, puisqu'il est trompé et qu'il l'ignore. Les Français se rendent-ils compte que la France et l'Europe sont sous obédience américaine? Les médias leur présentent la Russie et la Syrie comme des ennemis dangereux alors que ce sont les USA qui sont dangereux, dirigés eux-mêmes par les magnats de la finance. Notre président envisage des frappes en Syrie : contre qui? Fabius a dit qu'Al-Nosra "a fait du bon boulot en Syrie". Or, Al-Nosra est une branche d'Al-Qaïda. Va-t-il bombarder les forces de l'OTAN qui soutiennent les islamistes...? Question pour le moins saugrenue, mais on nous annonce qu'un sondage donne les Français favorables à des frappes à 61%, alors que personne ne sait qui est susceptible d'en être l'objet.

 

"Il est difficile, pour les hommes politiques, de mener des réformes dont les électeurs ne veulent pas". Ce ne sont pas les électeurs qui ne veulent pas de réformes, ce sont les corporatismes. Bien souvent, il serait profitable d'organiser un référendum, laisser parler le peuple (après l'avoir informé de façon intelligente et pas seulement partisane). Les hommes politiques ont peur du référendum car ils croient savoir mieux que le peuple : ils pensent pour lui! Il serait sage de lui prêter attention avant qu'il ne descende dans la rue quand il est déjà trop tard.

 

A propos de la sagesse : la philosophie ne mène ni au bonheur ni à la sagesse. La sagesse n'en a rien à faire du bonheur : elle est déjà au-delà, c'est le bonheur qui lui court après! Cependant, il est bon d'avoir goûté à la philosophie, car elle est une clé qui permet de structurer notre pensée tout au long de notre route.

 

Toutefois, elle ne doit pas étouffer ces instants numineux qu'il faut savoir saisir quand ils surgissent, justement, quand la pensée s'absente.

 

Le soufisme est la branche mystique de l'Islam, proche de la mystique chrétienne, notamment de Saint Jean de la Croix. Ibn 'Arabî (1165-1240) est une figure du soufisme qui témoigne de l'âge d'or de l'Islam, notamment en Espagne :

 

"J'arrivai chez Aaron − sur lui la paix! − et trouvai Jean, qui m'avait devancé chez lui. "Je ne t'ai pas vu sur ma route, lui dis-je. Y aurait-il une autre route?

− Pour chaque individu, il est une route sur laquelle ne chemine que lui.

− Où sont ces routes?

− Elles adviennent par le fait de cheminer."

Ibn 'Arabî (Le voyage spirituel; Edition : ACADEMIA Sagesses musulmanes, 1995; page 100, le cinquième ciel : Aaron et Jean)

 

Je remercie ceux qui ont bien voulu cheminer un moment avec moi.

 

Charles André Legrand

http://charlesandrelegrand.over-blog.net/

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