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Philosophie et spiritualités

Publié par Legrand

Philosophie et spiritualités

A propos d’une spiritualité sans dieu

Samedi 8 décembre 2012, à l’occasion de la journée nationale de la laïcité, André Comte-Sponville donnait une conférence près de chez moi sur le thème de « la spiritualité sans dieu », sous l’égide de la loge maçonnique du Grand Orient de France. J'y suis allé par curiosité.

Je n’appartiens à aucune organisation, je suis un homme totalement libre, ce qui me permet de donner mon opinion en toute sérénité. Tout simplement, j’avais lu son livre : De l’autre côté du désespoir Introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad (Editions Acarias / L’Originel, 1997) dès sa sortie, intéressé par le fait qu’un philosophe connu (j'ignorais son obédience maçonnique)nous présente un sage indien, ce que d’aucun nommerait un gourou. Je me situe moi-même à la confluence de l’Orient et de l’Occident et je me suis inscrit à cette conférence pour essayer d’en savoir plus sur ce philosophe et sa philosophie : je n’ai pas lu ses autres livres car sa présentation du sage correspond bien à la sagesse bouddhiste, j’ai pensé qu’il était en accord avec cette sagesse et cela me suffisait.

Se présentant comme matérialiste athée, une grande partie de son exposé consista à procéder à l’élimination des preuves de l’existence de dieu. Tout un chacun peut affirmer qu’il n’y a aucune preuve de l’existence de dieu ; je considère pour ma part que la question de l’existence de dieu ne présente aucun intérêt, n’a aucun sens au plan philosophique, puisqu’on n’imagine pas un être nommé Dieu, en situation existentielle, comme il en est de la destinée de chaque être humain ; simplement, les flèches étaient tirées contre la religion catholique. On pouvait s’en douter, à l’origine de la laïcité figurent les philosophes des Lumières mais aussi, l’anticléricalisme. L’idée novatrice des philosophes des lumières était que les valeurs morales peuvent exister en dehors des religions, comme je le rappelle dans L’Atomium, d’où cette recherche d’une spiritualité profane. La laïcité n’est pas l’anticléricalisme, la laïcité commence avec le respect mutuel.

Donc, abstraction faite de la déité, il reste les valeurs morales du christianisme, André Comte-Sponville n’y touche pas : il les garde. Dès lors, comment se transmettent-elles ? Au travers du tissu familial, au travers de l’éducation, c’est la famille qui transmet les valeurs morales. Soit, mais quel est le fondement de ces valeurs morales, le grand architecte de l’univers, cher aux francs-maçons ? L'univers nous présente un image chaotique que les astrophysiciens s'emploient à comprendre. Einstein en cherchait la loi unifiante. Seul notre système solaire semble présenter une certaine harmonie

Dans la Bible, les valeurs morales émanent directement de dieu au travers des dix commandements reçus par Moïse. La venue de Jésus met fin à la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent) ainsi qu'à la multitude d'autres lois qui régissent la vie de tous les jours, les remplace par la loi d’amour envers le prochain et maintient les dix commandements. André Comte-Sponville prend cette loi d’amour. Bien, elle est commune au bouddhisme et au christianisme, le bouddhisme insiste davantage sur la compassion, mais l’élan émotionnel est comparable.

Cependant, dans cette philosophie, il n’y a aucune espérance, il n’y a que le présent, seul le présent est réalité, seul le présent est vrai. La question de la survivance de l’âme ne se pose pas, il n’y a aucune survivance. D’où le désespoir qui n’est en fait que l’absence d’espérance, mais c’est un désespoir gai, affirme-t-il. Pas de paradis, pas d’enfer, si paradis ou enfer il y a, c’est sur cette terre, nullement dans un chimérique au-delà. Dans un sens nous sommes d’accord, mais cela reste à préciser, à nuancer.

Enfin, il nous fait part de sa propre expérience « spirituelle » qui s’apparente à l’expérience bouddhiste. Il présente Swâmi Prajnânpad comme l’expérienceur bouddhiste de référence. Il va sans dire que le bouddhisme est une religion sans dieu. En réalité, le pur bouddhisme n’est pas une religion, ni même une philosophie, c’est une sagesse, voire une attitude du corps et de l'esprit. La philosophie demeurant l’amour de la sagesse, la philosophie est sauve, le philosophe reste un philosophe rationnel qui se tient à l’écart de la métaphysique.

A la fin de l’exposé, nous avons eu le droit de poser des questions. J’aurais pu en poser plusieurs, mais je n’ai pas l’habitude d’accaparer les micros, le prendre est déjà un exercice qui m’est particulièrement pénible. J’ai posé celle-ci : « J’aimerais savoir quelle est votre position à propos des NDE ». Je rappelle que les NDE sont des expériences vécues par des patients en état de mort clinique validée par un encéphalogramme plat et un éléctro-cardiogramme également plat. Revenus à la vie, ils racontent ce qu’ils ont vu à l’autre bout du tunnel, et ce qu’ils ont vu et entendu dans la salle d’opération, durant leur mort clinique. Généralement, à l’autre bout, baigné d’une intense lumière chaleureuse, un personnage leur dit que leur heure n’est pas encore venue et qu’ils doivent rebrousser chemin. Ils en reviennent transformés.

La réponse fut celle d’un rationaliste type : « On peut provoquer les phénomènes par simple stimulation d’une région du cerveau », affirma-t-il. Il insista sur la proximité de la mort, en éludant la réalité de cette dernière dans les faits relatés par les médecins qui en ont été les témoins involontaires.

Il y a une quinzaine d’années, un article dans la revue Science et vie affirmait que la cause du phénomène était le glutamate. Aujourd’hui, on dit que la cause en est le manque d’oxygène. Que dira-t-on demain ? Heureusement, il y a aujourd’hui de nombreux médecins, chirurgiens, anesthésistes ou autres scientifiques qui attachent une importance de premier ordre à l’écoute de ces patients revenus à la vie après un bref passage dans le tunnel qui ouvre vers l’au-delà. Il suffit de consulter le site de l’INREES pour vérifier mes dires et de s’inscrire pour recevoir les informations concernant les travaux des chercheurs. Très déçu par cette réponse, je notais sa méprise totale sur le sujet et je n’ai pas jugé utile de réclamer un droit de réponse. Se prévaloir de la raison pour nier et discréditer des faits que l’on ne peut pas expliquer à l’intérieur de son propre système de pensée est une démarche que je n’accepte pas, que je refuse.

La spiritualité peut s’avérer transrationnelle, elle n’est pas pour autant irrationnelle.

Dans L’Atomium, je trace une genèse genèse possible de la spiritualité : comment elle apparaît en face des contradictions sociales et politiques, ou simplement psychologiques. Il s’agit de trouver le fondement de la morale, sinon de l’éthique. Un individu peut éprouver le besoin de fuir son pays et parfois même sa famille si ces derniers lui sont un fardeau. La famille transmet les valeurs qui sont les siennes mais quel est le critère d’universalité de ces valeurs ? Les valeurs d’une famille chrétienne sont-elles les mêmes que celles d’une famille juive ou d’une famille musulmane ? Se rejoignent-elles dans l’enseignement de cette loi d’amour ? La famille chrétienne demande à ses enfants d’être de bons chrétiens, la famille juive demande à ses enfants d’être de bons juifs et la famille musulmane demande à ses enfants d’être de bons musulmans, etc. Mais quand on a compris que les religions divergent (alors que les spiritualités convergent), on comprend qu’au final il ne se passe rien de plus que ce qu’il s’est passé jusqu’à présent depuis des siècles.

Qui a raison ? A quoi sert la raison sinon d’avoir raison, même si on a tort ?

La différence fondamentale entre le bouddhisme et l’hindouisme, réside au niveau de l’idée de la réincarnation. Le bouddhisme du Bouddha n’en parle pas. Il existe d’autres formes de bouddhisme, comme au Tibet, où la réincarnation est un principe essentiel. Je me suis longtemps tenu à l’écart de cette notion de réincarnation, simplement du fait de ma culture occidentale et chrétienne. Quand j’ai compris de quoi il s’agissait, il s’est opéré en moi une révolution : tout s’éclairait enfin. J’avais toujours cherché dans la philosophie les réponses à mes questions. Mais la philosophie ne donne aucune réponse, elle ne fait que poser des questions et pour un philosophe, celui qui prétend avoir trouvé les réponses n’est plus un philosophe puisqu’il ne questionne plus. Nous retombons dans le système d’André Comte-Sponville : on demeure dans l’indécidable ad vitam aeternam. Alors, si tout est indécidable, comment fonder les valeurs, comment se forger sa propre éthique ?

Dans le catholicisme, il est demandé d’imiter Jésus-Christ, c'est-à-dire de pratiquer l’altruisme et d’aimer son prochain comme soi-même. Dans L’Atomium, je montre que l’altruisme est une nécessité. La Terre est une terre d’épreuves continuelles, une terre de souffrances et il m’apparaît que seul l’altruisme peut réduire ces souffrances, à défaut de pouvoir y mettre fin. Encore faudrait-il que l’humanité ne se détruise pas elle-même avant. Mais que signifie l’expression « aimer son prochain comme soi-même » ? Aimer son voisin, ses compatriotes, etc. ? C’est parfois beaucoup que demander d’aimer un voisin trop bruyant ou qui crée des nuisances. En fait, rien n’est imposé arbitrairement : c’est une loi de nature : si tu te comportes de cette façon-là, alors, il se passera cela, si tu te comportes de cette façon-ci, alors, il se passera ceci. Tout se passe comme dans un programme informatique : if ; then / si ; alors.

Ensuite, une seule vie ne suffit pas pour devenir meilleur : il faut se réincarner, encore et encore. Celui qui devient parfait n’aura plus à se réincarner, mais cela ne se réalise pas en une seule vie : il faut avoir déjà beaucoup de vies derrière soi. Et à chaque fois, les problèmes qui n’ont pas été résolus vont se représenter et il faudra les résoudre pour pouvoir avancer. Chaque épreuve réussie est un pas de plus vers la perfection. Et c’est là que l’idée de justice trouve son aboutissement : la vraie justice consiste à donner aux êtres une nouvelle chance, la possibilité de recommencer, de repartir de zéro. La plus grande injustice serait, justement, de ne bénéficier que d’une seule vie. C’est ce qui conduit les gens à dire : « On n’a qu’une seule vie, alors j’en profite un maximum ». Et c’est une fuite éperdue vers davantage d’égoïsme, de plaisirs et de bonheurs, ils oublient que la recherche du bonheur est justement une sorte d’enfer, car on ne le trouve jamais, sauf dans la sagesse et la sérénité. Et comment justifier les inégalités si nous ne disposons que d’une seule vie ? N’y a-t-il pas scandale et injustice à exiger de tous et de chacun les mêmes choses alors que leurs existences sont totalement différentes ? Voilà bien l’aspect totalitaire des fondamentalistes : ils veulent imposer aux autres un comportement qui est celui des saints de la terre, un comportement propre aux êtres d’exception. Le paroxysme de ces mouvements religieux barbares se découvre chez les terroristes, au Mali : sous prétexte de religion, ils se permettent tout, ils tuent, ils violent, coupent des mains et des pieds et vivent de rapines, de rapts et de trafics en tout genre. La loi morale est pour les autres, pas pour eux. Ils détiennent l’unique vérité et prétendent la propager par le moyen des armes. Tout à fait l’inverse de la spiritualité, c’est justement parce que la spiritualité est absente que l’usage des armes est dans l'ordre des choses. C’est le côté noir de l’être humain, l’être humain rétrogradé sous le rang de l’animal, car l’animal au contraire de l’homme, doit beaucoup aimer ses proies puisqu’elles lui assurent sa survie. Au bord de la mare où ils viennent s'abreuver, la hiérarchie et respectée et la cohabitation est effective, là où les hommes s'entretueraient.

Il est probable que les êtres lumineux qui ont éclairé les civilisations de la terre ont connu maintes réincarnations et que lors de leur dernière réincarnation, ils étaient suffisamment spiritualisé et pouvaient éclairer l’humanité de toute leur clarté spirituelle. C’est probablement le cas de Jésus dont le titre de Fils de Dieu est certainement à prendre de façon symbolique : si tous les êtres émanent du même esprit, tous les êtres peuvent être dits « fils de dieu ». Jésus avait certainement réalisé dieu en lui, et c’est justement ce que dit Swâmi Râmdas : il faut réaliser dieu en soi, ce dieu dont l’essence est l’amour. Ceci est à rapprocher du Père François Brune qui intitule son livre majeur Pour que l’homme devienne Dieu. Ici se rejoignent l’Orient et l’Occident, nous sommes loin du dieu d’Aristote et de la question de l’être en tant qu’être qui se referme sur elle-même dans le silence philosophique. Il est temps de sortir de ces schémas de pensée qui encombrent encore notre culture.

Il est symptomatique de constater que la plupart des religions interdisent la communication avec les défunts. Il se trouve que le Père Brune la pratique et son approche théologique du christianisme est complètement changée : la tradition théologique (très spéculative et évolutive au cours des siècles) s’en trouve bouleversée et il nous présente le christianisme sous un autre jour, où il appartient à chacun de réaliser le divin en soi-même, rejoignant en cela la tradition orientale, notamment la tradition orthodoxe, plus proche du christianisme originel que le catholicisme, ce qui explique son éloignement de la papauté.

Ce qui devient fondamental, avec l’idée de réincarnation, c’est la question des générations futures. Qui seront ces générations futures, les enfants de nos enfants, sinon nous-mêmes réincarnés ? Nous reviendrons sur terre et nous constaterons les dégâts causés par nos grands pères, nous disant : « Quels barbares ils étaient, pires que les bêtes, des prédateurs, des destructeurs, des exterminateurs ! » De mes compatriotes, il en est qui disent : « Voilà effectivement ce que nous sommes et nous aurons à nous réincarner pour subir de nouvelles épreuves, de nouvelles situations à résoudre pour pouvoir progresser, sans doute de même nature que celles que nous n’avons pas su résoudre de façon spirituellement évoluée ». De mes compatriotes, d’autres disent : « Mes enfants, ils feront comme moi, ils se débrouilleront ». Sous-entendu : dans la situation que nous laisserons derrière nous.

Entre deux incarnations, la vie continue dans la compagnie des êtres désincarnés, avec des remises à niveau qui ressemblent à des périodes de rédemption, des périodes de souffrances qui ressemblent à l’enfer car l’esprit doit accepter de reconnaître ses fautes, demander pardon, et sans doute aussi des moments de bonheur partagés avec les proches disparus et retrouvés, bref, le paradis et l’enfer, comme sur la terre… et puis des rôles à assumer comme celui de guide spirituel pour les vivants, c'est-à-dire d’ange gardien. Voilà éclairée cette notion si mystérieuse : nos anges gardiens sont tout simplement nos aïeux qui ont mission de veiller sur nous. N’avez-vous jamais ressenti une main invisible se poser sur votre épaule, un frisson dans le dos et une présence que vous ne comprenez pas ? Ne cherchez plus et cessez de penser que vous avez des hallucinations, vous êtes dans la réalité.

Voilà, à mon sens, le seul fondement valable pour une éthique universelle. Est-ce indécidable ? Chacun en décidera.

J’ai décidé que ce n’est pas indécidable pour deux raisons. La première est constituée de mes expériences personnelles. La seconde est une raison logique. J’ai compris la réincarnation par la lecture d’Allan Kardec, en premier lieu, puis par l’expérimentation de la communication avec les défunts, en second lieu. Les décédés cherchent à communiquer mais nous sommes fermés à leur écoute, en raison de notre culture contemporaine : « nous n’avons qu’une seule vie et après il n’y a plus rien ». Les décédés nous disent le contraire. Ecoutons-les et forgeons-nous l’éthique qui convient à notre civilisation qui se meurt. Car ce sont eux qui cherchent à communiquer, bien plus que nous.

Il est inutile de préciser que ces communications doivent se dérouler dans des réunions sérieuses avec des gens expérimentés.

L’Entonnoir se termine avec le souvenir d’une petite voix intérieure, mais qui vient peut-être aussi d’ailleurs.

Voiles fait allusion à cette survivance et à quelques rencontres avec les voix des esprits.

L’Atomium montre l’émergence de la spiritualité, au travers des épreuves terrestres. J’ai publié ces 3 livres en même temps, ce sont 3 ouvrages de nature différente, mais qui se rejoignent et se complètent, et me permettent de ne pas demeurer figé dans un modèle défini dès le premier livre.

Charles André Legrand

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